Sans installateur RGE, vous n’avez pas droit au contrat d’obligation d’achat d’EDF OA. Concrètement : le surplus que vos panneaux envoient sur le réseau part gratuitement. Pas à 1,1 centime — à zéro. Il reste deux issues, et une seule tient la route financièrement.
Sans RGE, que devient réellement votre surplus ?
Le contrat d’obligation d’achat — celui qui oblige EDF OA à vous racheter votre production à un tarif fixé pour vingt ans — est réservé aux installations posées par un professionnel qualifié RGE (Reconnu Garant de l’Environnement, mention QualiPV pour le photovoltaïque). C’est aussi la condition d’accès à la prime à l’autoconsommation.
Si vous avez posé vos panneaux vous-même, ou fait appel à un installateur non qualifié, trois portes se ferment d’un coup :
- Pas de contrat OA, donc pas de tarif garanti sur vingt ans.
- Pas de prime à l’autoconsommation.
- Et surtout : le surplus injecté n’est payé par personne. Il part sur le réseau, il est consommé par vos voisins, et vous ne recevez rien.
C’est le point que beaucoup découvrent après coup, une fois le Consuel obtenu et le compteur en place. L’installation fonctionne, elle produit, elle réduit la facture quand quelqu’un est à la maison — mais tout ce qui déborde à midi est une donation au réseau.
Il existe pourtant une sortie qui ne dépend d’aucune qualification, d’aucun contrat et d’aucune démarche : cesser d’envoyer ce surplus dehors. Un routeur solaire le redirige vers votre chauffe-eau au moment même où il allait partir. L’énergie reste derrière votre compteur : elle n’a donc pas besoin d’être vendue pour valoir quelque chose. Nous y revenons plus bas, chiffres à l’appui.
Vendre malgré tout : ce que ça donne vraiment
Une installation sans RGE peut vendre son surplus, mais hors obligation d’achat : sur le marché libre, auprès d’un acheteur alternatif. Trois choses à savoir avant de s’y engager.
Le prix n’est pas garanti. Il suit le marché de gros, sans plancher ni durée. Un contrat OA vous protège vingt ans ; là, non.
Il faut un compteur de production et une démarche administrative auprès d’Enedis, avec une convention de raccordement en injection.
Et l’ordre de grandeur reste faible. Pour situer : même les installations qui ont accès à l’obligation d’achat voient leur surplus racheté 1,1 centime le kilowattheure depuis l’arrêté de juin 2026. Pendant ce temps, le kilowattheure que vous rachetez le soir vous coûte entre 20 et 25 centimes TTC. Vingt fois plus.
Autrement dit : se battre pour vendre son surplus, c’est se battre pour la plus petite des deux valeurs.
L’autre voie : ne pas vendre du tout
Si votre surplus ne vaut rien à la revente, il vaut en revanche tout ce que vous n’aurez pas à racheter. Un kilowattheure gardé chez vous, c’est un kilowattheure que vous ne payez pas 25 centimes le soir venu.
Le problème est pratique : à midi, quand la production est maximale, la maison est souvent vide. Le frigo et la box tournent, le reste dort. Le surplus part.
Sauf si quelque chose le consomme. Et vous avez déjà chez vous l’appareil idéal : votre chauffe-eau. Un ballon de 200 litres stocke plusieurs kilowattheures sous forme d’eau chaude, il ne demande aucune batterie, et il ne se dégrade pas avec les cycles.
C’est le rôle d’un routeur solaire : un boîtier posé au tableau électrique qui surveille en permanence ce qui s’apprête à sortir vers le réseau, et le redirige vers la résistance du ballon au lieu de le laisser partir. Il module la puissance envoyée en fonction du surplus disponible : 300 watts de soleil en trop, 300 watts dans le ballon.
Et cette voie-là ne demande aucun RGE, aucun contrat, aucune démarche Enedis. L’énergie ne sort jamais de derrière votre compteur — il n’y a donc rien à déclarer, rien à négocier, et aucune taxe d’acheminement.
Les trois situations, et ce que vaut votre kWh
| Votre situation | Ce que vaut le surplus vendu | Ce que vaut le surplus gardé |
|---|---|---|
| Contrat OA signé avant 2017 | Tarif historique élevé, garanti 20 ans — gardez-le | Comparez au cas par cas |
| Contrat OA récent | 1,1 centime le kWh | ≈ 25 centimes évités |
| Sans RGE, sans contrat OA | Zéro, sauf démarche sur le marché libre | ≈ 25 centimes évités |
La lecture est la même dans les trois lignes, et elle est plus tranchée dans la dernière : sauf ancien contrat en or, le kilowattheure que vous gardez vaut plus que celui que vous vendez.
Ce qu’il faut chez vous pour que ça marche
Trois conditions, et elles se vérifient en deux minutes :
- Des panneaux qui produisent plus que la maison ne consomme à certaines heures. C’est le cas dès qu’il y a du surplus injecté.
- Un chauffe-eau électrique à résistance — un cumulus classique, résistance blindée, stéatite ou ACI. Un chauffe-eau thermodynamique ou au gaz ne convient pas : il n’y a pas de résistance à moduler.
- Une résistance alimentée en monophasé 230 V. Une installation électrique triphasée ne pose pas de problème en soi ; c’est la résistance du ballon qui doit être monophasée.
Si vous ne savez pas dans quelle catégorie tombe votre ballon, une photo de sa plaque signalétique suffit à trancher — la vérification est gratuite, et la réponse est immédiate, y compris quand c’est non.
Questions fréquentes
Peut-on obtenir un contrat OA après coup, en faisant repasser un RGE ?
Non. La qualification RGE doit être celle de l’entreprise qui a réalisé les travaux, au moment des travaux. Une visite de conformité a posteriori ne rouvre pas le droit à l’obligation d’achat.
Sans contrat, ai-je le droit d’injecter mon surplus ?
Oui, à condition d’avoir une convention d’autoconsommation avec injection auprès d’Enedis. L’injection est autorisée, elle n’est simplement pas rémunérée.
Est-ce qu’un routeur solaire nécessite une déclaration ?
Non. Il ne modifie ni votre production, ni votre raccordement : il déplace une consommation à l’intérieur de chez vous. L’installation se fait au tableau électrique, conformément à la norme NF C 15-100.
Et si je préfère une batterie ?
C’est possible, mais le rapport est différent : une batterie au lithium représente un investissement de plusieurs milliers d’euros et se dégrade au fil des cycles. Le ballon d’eau chaude, lui, est déjà là et déjà payé. Nous avons consacré un épisode de podcast à cette comparaison.
Combien vais-je récupérer ?
Cela dépend de votre production, de votre ballon et de vos habitudes, et nous ne donnons pas de montant universel. Sur les relevés que nos clients nous envoient en photo, l’afficheur va de 7 kWh sur 28 jours en février à 63 kWh sur 28 jours en mars. C’est un écart de un à neuf : méfiez-vous de qui vous annonce un chiffre rond.






